mercredi 19 mars 2014

Fall River Legend - Agnes de Mille


Un retour sur la pointe des pieds... afin de laisser une trace de mon enthousiasme pour le ballet Fall River Legend d'Agnès de Mille (1948), récemment vu à l'Opéra Garnier. Il ne s'y joue déjà plus depuis une semaine, mais si, un jour, un hypothétique lecteur, ignorant, comme je l'étais, du travail de la chorégraphe américaine, lit ceci et a la possibilité d'assister à un ballet de son répertoire, surtout, qu'il y aille.

De format court (moins d'une heure), ce ballet m'a peut-être conquise par ses similitudes avec la peinture d'Edward Hopper. J'ai sans doute trop prêté attention aux décors... Un vieux travers... Mais je ne crois pas trahir ainsi l'esprit d'Agnès de Mille qui était « fièrement Américaine dans ses goûts et allégeances » selon l'obituaire du New York Times (la danseuse est décédée en 1993). Hopper donc, les couleurs de l'angoisse existentielle, la palette d'une Amérique de faits divers. Agnès de Mille, semi-réaliste comme Hopper, a transcrit en mouvements l'histoire vraie de Lizzie Borden qui, à la fin du XIXème siècle, assassina père et belle-mère à la hache. Un crime atroce dans son esthétique, certes, mais un crime parmi d'autres ? Ce sont sans doute l'identité des victimes du meurtre et les ressorts de la meurtrière qui s'agrippent à la conscience. 

 The house by the railroad, 1925

Agnès de Mille, dans une grande simplicité de narration, par une danse circulaire inventée de pas nouveaux et allégée de pointes, déroule le drame : la vie idéale, si brièvement illustrée, humblement gaie, le décès de la mère, l'apparition de la marâtre qui a le toupet de revêtir le châle de la défunte mère, la romance étouffée dans l’œuf entre Lizzie et son pasteur, la fragilité émotionnelle, l'irréparable, la mise au ban de la bonne société avec laquelle on se prêtait jadis à de gentilles danses folkloriques.

De la Petite Maison dans la prairie, le spectateur bascule dans le thriller. Cela est rendu possible par l'abandon de certains canons de la danse classique et l'avènement de la théâtralité voulus par Agnès de Mille. Toujours selon le New York Times, « viewing dance as a theatrical and expressive art, Miss de Mille stressed motivated gestures rather than niceties of classical style in her choreography. » Un talent choréographique immédiatement émouvant dédié à la recherche de l'identité humaine dans un pays en quête de son propre mystère.


Un extrait du ballet tel que monté à Garnier

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