lundi 11 mars 2013

Au-delà du street art. Ou pas.




(Je vais être dure.)

J'avais l'intuition que cette exposition ne remporterait pas mon adhésion. Je sentais confusément qu'il serait très difficile de faire rentrer le street art au Musée, malgré tout l'amour et le respect que j'ai pour l'institution muséale en général. Il faut peut-être être Américain, citoyen de la patrie de naissance du mouvement street art, et avoir les moyens et la liberté intellectuelle de leurs musées-mastodontes, pour y parvenir.

Je n'ai tout d'abord pas compris le choix du titre de l'exposition (attention, j'avoue ne pas avoir parcouru le catalogue...). Au-delà du street art, n'est-ce pas, déjà, un jugement de valeur ? Dire qu'au Musée on est si érudit, si plein de notre importance, que, bien sûr, on parviendra à s'arracher des contingences terriennes du street art de terrain pour en donner une vision d'historien de l'art, enrichie ?

Scénographie. Lumière chiche, il fait assez sombre. Pour illustrer le sulfure originel du street art, son appartenance au monde effrayant de la rue ? J'aurais pris le contrepied, j'aurais inondé de lumière ces œuvres. Quitte à les exposer, quitte à leur faire quitter le gris bitume... Mais faut-il justement exposer le street art ?

N'est-ce pas contre-nature d'arracher le street à son environnement naturel, celui qui en est l'essence et la légitimité, le tour de force ?

Il ne me plaît guère de jouer les réactionnaires et de respecter les cases. La peinture dans les belles galeries, le street art à la rue. Et pourtant force est de constater que le street art au musée, en tout cas pour cette exposition, ça ne fonctionne pas. On nous sert alors une exposition triste et sans relief, que l'on parcourt sans plaisir, sans frissons, sans envie. Une exposition froide, neutre, sans saveur.

Une exposition qui récite bien sa leçon, d'une figure centrale du mouvement à une autre, chacune dans son petit box « étiqueté » à son nom. Par les artistes choisis, bien que même les plus fameux d'entre eux n'y soient pas tous représentés, l'exposition tient ses promesses de faire un état des lieux du street art : techniques utilisées, messages délivrés, etc. Mais le tout ressemble trop à un exposé de collégien appliqué : des informations, pas de génie. Un effort louable, pas de sentiment. L'enfer est pavé de bonnes intentions...

Je n'y ai pas du tout retrouvé l'élan des street artists dont on se figure toujours trop peu l'exercice le plus souvent illégal de leur création. J'étais accompagnée dans ma visite par quelqu'un qui n'était pas particulièrement intéressé par le street art, et le parcours de l'exposition n'a en rien contribué à lui faire réviser sa position. J'avais presque honte... Moi qui lui avait fait miroiter la rencontre avec un univers passionnant, voici la pauvre démonstration que nous en avions sous les yeux...

Les œuvres qu'il a été possible de réunir ne sont pas de la meilleure facture. Les space invaders, notamment, les Miss. Tic. Même les installations spécifiques pour l'exposition ne m'ont pas entièrement séduite. Banksy, le terroriste du street art, un artiste (réellement, je crois) à la marge du système, distillant ses pochoirs parmi les plus incisifs du mouvement. Où est la provoc, le doigt d'honneur dans l'exposition? On ne les retrouve pas.

La présence au Musée de ces pièces (erstatz?) de street art trouve un écho amusant dans cette affaire de la disparition d'une œuvre de Banksy, apposée sur un mur d'une petite commune anglaise, Haringey. Surnommée Travail d'esclave, l'œuvre représentait un garçon pieds nus en train de coudre des drapeaux du Royaume-Uni à la machine, une allusion aux préparatifs du jubilé de la reine. Une vraie pièce de street art dérobée à son lieu de naissance, n'est-ce pas un bien piètre vol? C'est un signe supplémentaire de l'existence de petits malins qui ont tout compris au tout mercantile. Mais pas grand chose au street art. Pour la petite histoire, la maison de vente américaine dans laquelle s'était retrouvé le bout de mur a renoncé à le présenter, sans explication supplémentaire. Mais la mobilisation des habitants de Haringey n'y est sans doute pas étrangère.

Après cette exposition, je suis renforcée dans ma conviction que la meilleure (la seule?) façon de découvrir et de vivre le street art, c'est encore d'arpenter la ville, les yeux grands ouverts, le cou bien mobile... Il est des villes ou des quartiers plus fertiles que d'autres, c'est vrai, mais le street art reste globalement une forme d'art qui se fait désirer, qui attend souvent d'être débusquée, qui se mérite, en somme. Le street art va et vient au gré du rapport de force entre artistes, autorités municipales, propriétaires, galeristes, maisons de vente... Le prendre en flagrant délit, voici à mon sens la seule façon de l'apprécier pleinement. Le reste fait pâle figure en comparaison.

Puisque nous ne résistons jamais à un mauvais jeu de mots, nous sommes au regret de conclure que cette exposition qui ambitionnait, un peu pompeusement, d'aller au-delà du street art, est restée bien en-deçà.

Je vais me balader.


Jusqu'au 30 mars 2013



1 commentaire:

Anonyme a dit…

Complétement d'accord ! rien à ajouter.

L'expo de la fondation cartier sur les graffitis avaient quelque chose de mieux (?) : les graphistes venaient quotidiennement refaire la façade à l'entrée et on pouvait échanger directement avec eux.

Mais sinon ...