dimanche 24 février 2013

Barroco Rococo - Les dernières extravagances de Fernando et Humberto Campana

Le temps qui file nous a encore empêché d’écrire ceci avant la fin d’une exposition intéressante, première manifestation muséale française consacrée aux designers Fernando et Humberto Campana, aux Arts décoratifs (Paris).




Intitulée « Barroco Rococó », elle réunissait plusieurs pièces, très récentes ou inédites, à base de bambou, de bronze, de marbre. Lampes, canapés, chandeliers, tables et meubles de rangement, tous exprimaient avec force la vision du baroque des designers brésiliens. Le motif récurrent de ces meubles est le moulage en bronze doré d’éléments décoratifs anciens (XVIIe-XVIIIe siècles), auxquels il faut ajouter une quantité non négligeable de petits crocodiles et d‘objets de la vie quotidienne dans la même matière! De même le mélange du marbre et des formes rocailleuses ou tordues des chandeliers est une référence au style du Bernin. Du Dolce&Gabbana mâtiné d'exotisme et appliqué non plus à l'étoffe et à l'accessoire de mode mais au mobilier? Peut-être!



Les frères Campana, fidèles à leur formule qui marche du détournement et du recyclage, issue d’une culture brésilienne fondée sur la diversité des influences et l‘économie de moyens, pratiquent avec talent une certaine « archéologie recomposée ».



Hommage mêlé à l’art hétéroclite de leur pays et au patrimoine historique de Rome, la petite exposition de la Galerie des actualités des Arts décoratifs a fait mouche. Il s’agit non pas du design de magazine sur papier glacé, du si en vogue design scandinave ou de  repérages de blog "déco", mais bien d’un design d’expérimentation et de filiation intellectuelle et historique. Les Campana, dont il est amusant pour l’anecdote de rappeler qu’ils avaient commencé leur vie professionnelle par des carrières d’avocat et d’architecte, posent ainsi un jalon de la construction d’une histoire du design. Leurs créations ne sont bien sûr pas à proprement parler toute sources d’un ravissement esthétique immédiat mais peu importe, voilà un pan fondamental de l’histoire de l’art revivifié et acculturé.




Mention spéciale pour la scénographie, aussi imaginée par les designers : sensation de confinement et atmosphère de recueillement rococo produites par des cimaises et un sol entièrement recouverts d’une matière semblable à celle d’un paillasson, en brosse de fibres végétales de couleur foncée, mis en valeur par un éclairage chiche mais ambré.

L’histoire du design s’écrit à la Galerie des actualités des Arts décoratifs et il est toujours très exaltant d’en être le témoin.

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