lundi 24 décembre 2012

L'Avent de l'art // Jour 24 : La crèche vivante de la Fondation Cartier pour l’art contemporain

Dimanche 16 décembre, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, s’est jouée une drôle de « crèche vivante ». J’étais étonnée que l’institution joue le jeu des Fêtes de fin d’année et des traditions populo-chrétiennes.
Ah oui mais. Il s’agissait d’une proposition de Pauline Curnier Jardin et Rachel Garcia. Pauline Curnier Jardin est une performeuse-vidéaste-conteuse-plasticienne, une trentenaire touche à tout. Elle dit d’elle-même : «Ce sont des histoires que je décris ou que je cherche à faire voir, des aventures que je veux raconter au mieux. Ces aventures, je les cherche n'importe où, dans mes souvenirs, dans mes rêves et dans ceux des autres. À l'étranger et dans les langues étrangères, dans les lignes des uns, dans la bouche des autres, dans les mythes, les chansons, les légendes populaires, dans l'Histoire écrite et l'anecdote, dans les objets, dans les corps, dans les images et les sons qui surgissent dans le réel. C'est un collage amoureux, un monde rapiécé avec du rire pour cacher la nuit. L'ennui. Ce travail est fragmentaire. La recherche est minutieuse. Les visions sont volatiles. » Cette citation correspond bien au théâtre foutraque et sensible qui s’est joué lors de cette crèche vivante. La jeune femme dit aussi avoir la « nostalgie de formes anciennes, primitives, moyenâgeuses. Ces formes où crûment le surnaturel, le spirituel, l'informe et la cruauté souffletaient les visages du spectateurs avec complicité.» Et ce sont vraiment des formes ancestrales de bouffons et d’anges qui ont pris possession du petit chapiteau dressé dans le jardin à l’arrière de la Fondation Cartier. Quant à Rachel Garcia, elle est plasticienne et scénographe, et, aparté, participera en 2013 à cet intéressant projet, Le Sucre du printemps, au Théâtre national de Chaillot.

Le communiqué de presse annonçait une « crèche pantomime inspirée des traditions populaires, plus folklorique que catholique, plus pastorale que sacrée, « napolitano-rabelaisienne » ». C’est une description très juste de ce qui nous a été donné de voir ce dimanche après-midi, alors que la nuit et la pluie tombaient imperceptiblement.
Tout d’abord, entre en scène dans une étrange combinaison blanche le narrateur, autoproclamé Monsieur Joie, qui arbore un arc-en-ciel sur la tête et un autre en guise de moustache. Puis c’est Marie qui apparaît, et à partir de là se déroule le fil normal de l’histoire de la Nativité. Marie est enceinte, par l’opération du Saint Esprit. Marie s’apprête à accoucher et… Joseph nous fait une couvade (yeux exorbités, spasmes, frissons, la panoplie !). L’accouchement à proprement parler est un grand moment de pantalonnade. Effets spéciaux aux orties ! Marie accouche d’un bébé Jésus personnifié par un comédien adulte avec la taille et le faciès idoines… 





Déboule alors l’Assistante sociale (Pauline Curnier Jardin herself), grande bringue en mini tailleur jupe orange, avec une perruque solide et poil de carotte (une sorte de mousse solidifiée ou de coque en papier mâché), des lunettes oversize et des boots blanches d’abominable homme des neiges. Suspicieuse de nature, scandalisée par avance, elle s’insurge contre Marie qui parle à Jésus en hébreu ( ?) : « Dans quelle langue vous lui parlez?! ». Plus tard, elle tournera ses foudres contre les rois mages :  « Mais qui sont ces gens? » !



Régulièrement, le public est invité à chanter à l’unisson avec les comédiens les airs les plus connus des répertoires chrétien et païen (Douce nuit, Gloria, etc.), à l’aide d’un petit feuillet comportant les paroles. Cela fait plusieurs jours que lancinent entre mes neurones les douces paroles de « No-ël, Joyeux Noël, Bons baisers de Fort-de-Franceuh »…

Notons encore l’apparition de Mireille M., dont on devine au nom tronqué et à la coupe au bol couleur de jais que c’est la mythique Mireille Mathieu ! Mais une Mireille alien, avec les grands yeux vitreux et brillants qu’on leur prête habituellement. L’étoile du berger, quant à elle, entame une danse très sexy, du genre de mouvements qui s’exhibent sur les podiums des night clubs d’Ibiza. Nous approchons de la fin de la représentation et la folie et le désordre montent en gamme. Le nombre de personnages sur scène augmente, dans une juxtaposition de costumes et accessoires des plus bigarrées. Les danses et les chants se multiplient, une bûche (de bois) finit par apparaître et se lancer dans un plaidoyer écolo.

La symbiose entre les croyances chrétiennes en corrélation avec Noël et les traditions populaires qui en ont émergé est parfaitement illustrée. Le phénomène d’acculturation est complet ! Et au-delà de la farce, l’histoire et la catharsis surnagent, empêchant que le spectacle soit tout à fait accessible à des enfants. Cédric Schônwald, à propos de Pauline Curnier Jardin et d’une autre de ses propositions, interrogeait, « dans une œuvre encore naissante », son «éminente perversion qui consiste à revisiter des thématiques gigantesques d'ordre anthropologique au moyen d'une esthétique pseudo-naïve. » (revue Art21 #32 – 2012)
Voilà en tout cas la crèche la plus vivante qu’il m’ait été donné de voir !

Et c'est sur ce thème fort à propos et ce billet que se termine l'Avent de l'art, qui aura été bien chaotique mais amusant à imaginer ! Sur ce, beau Noël à tous.

1 commentaire:

Vive la rose et le lilas a dit…

Je prends le temps de te dire que je relis ce billet en me disant : si si, il était bien question d'une crèche sous acide.
Merci, un peu de LSD en cette fin d'année gnangnan (et gnam gnam) ça ne fait pas de mal.