lundi 3 décembre 2012

L'Avent de l'art // Jour 2 : Krstin McKirdy à la Cité de la Céramique, Sèvres

Alors que la blogosphère prépare minutieusement la mise en ligne de calendriers de l'avent virtuels (musique ou motifs à télécharger, idées recettes, DIY,etc.), le Cadavre exquis culturel se lance aussi ! Chaque jour de l'Avent, un billet à propos d'une œuvre ou d'une exposition, pas à pas jusqu'à Noël. Le format sera plus léger que les billets habituels : c'est qu'il faudra tenir le rythme ! Mais le défi est une contrainte féconde !
Bel Avent...


L'exposition est double : au rez-de-chaussée, dans la galerie contemporaine, est présenté un panorama de l’œuvre de Kristin McKirdy des 20 dernières années, à base de faïence émaillée. Au premier étage sont exposés les fruits de la résidence de l'artiste à Sèvres auprès des artisans de la Manufacture, et sont donc toutes des pièces de porcelaine.

Le dossier de presse nous apprend que Kristin McKirdy a démarré son activité de céramiste en façonnant des récipients, tout en appréciant la proximité morphologique entre les céramiques utilitaires et le corps humain. Le vocabulaire de la céramique l'illustre d'ailleurs parfaitement: on parle de lèvre, de col, de ventre, de pied pour décrire un pichet, un pot, une jarre... Au-delà de cela, la céramiste, qui est aussi historienne de l'art et archéologue, s'intéresse à l'objet céramique « comme témoin universel de l'activité humaine ». La dimension rituelle d'un répertoire de formes intemporelles, dans les arts africain, précolombien et méditerranéen, aimante les choix de Kristin McKirdy dans son propre travail.


Ses pièces proposent une réinterprétation de ces objets classiques. Ainsi s'exprime Pierre-Marie Giraud, le commissaire de l'exposition : « Puissamment chargées de l’histoire des hommes, ses pièces nous ramènent à un objet premier, libéré des scories du décor et de tout maniérisme, puisant dans la culture pour retrouver l’archaïsme. […] Ces œufs, ces graines, ces coupes à demi ouvertes recèlent des trésors. [...] Elles nous rappellent comme la terre est généreuse pour l’homme et comme la céramique l’a accompagné depuis ses premiers pas, au berceau de l’humanité. »


C'est donc avec une réelle émotion que j'ai découvert les natures mortes de Kristin McKirdy : un sentiment profond de connexion avec l'histoire de la céramique et ses développements contemporains. Les pièces de Kristin McKirdy sont très justes. Et l'on peut passer beaucoup de temps à scruter les formes choisies : certaines abstraites, d'autres semblables à des légumes oubliés ou inventés, une once de géométrie, une banane, un bonbon. Le tout modifié par le travail d'émaillage opéré par l'artiste, dont c'est aussi une spécialité. Beaucoup d'émotion face à la simplicité directe du propos, voilà ce que distillent ces ensembles, cornes d'abondances, quatre quarts...
Plusieurs autres pièces délaissent la référence au monde naturel pour se concentrer sur l'expression du jeu et de l'enfance : ainsi Playground matérialise-t-elle un manège ou grand huit imaginaire.


A l'étage les pièces de porcelaine m'ont laissée bien plus froide. Elles en jettent, c'est certain, ces belles formes recouvertes des motifs de peinture du XVIIIème siècle (branches, oiseaux, guirlandes,etc.), patiemment choisis parmi les collections de Sèvres. L'application des artisans peintres de la Manufacture est impressionnante, la maîtrise est impeccable bien sûr. La dissociation des peintures de leur support d'origine pour s'appliquer aux formes inventées de McKirdy est intéressante. Mais pas bouleversante. Pourtant l'ensemble Famille a bien débuté une sorte d'existence, Kristin McKirdy ayant veillé à façonner une personnalité propre à chacun des cinq membres de forme identique, à l'aide de motifs savamment choisis et mêlés.

Famille

Il faut ajouter à la grande qualité du travail de Kristin McKirdy les mérites de la très belle scénographie de Jean de Piépape. Il a effectué un remarquable travail de mise en lumière, notamment au niveau des galeries contemporaines du rez-de-chaussée. Les pièces semblent baigner dans un doux soleil de fin de journée très flatteur pour les volumes et les couleurs de Kristin McKirdy.
Mais nous regrettons le manque de pédagogie de l'exposition. Le visiteur est laissé tout entier à la magie des pièces, rien ne transparaît des secrets de la terre. La céramique est une science ardue, mystérieuse pour ceux qui en ignorent les principes. Or il eût été bon de rompre un peu le charme afin de laisser entrapercevoir au visiteur le processus d'élaboration des pièces. Quelques fiches de salle très succinctes sont dissimulées dans chacune des deux parties de l'exposition, cela ne suffit pas. Le risque est grand de ne pas saisir la difficulté du travail de la céramiste, sa virtuosité. Rien n'est dit ou presque sur la technique, que ce soit le choix de la terre, l'émaillage ou la cuisson. Même les pièces dont ont été tirés les motifs pour les porcelaines du 1er étage brillent par leur absence. Il faut accepter pour en voir quelqu'une de partir dans une chasse au trésor parmi le reste de la collection. On repart de la visite en connaissant mieux l’œuvre de Kristin McKirdy mais pas la discipline céramique. Étrange choix.

Il faut toutefois courir à la Cité de la Céramique pour se réchauffer au soleil ancestral et vif des pièces de Kristin McKirdy. C'est un « chocolat » particulièrement savoureux pour ce début d'Avent...

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