dimanche 18 novembre 2012

Cadres

Il arrive parfois que l’on ait soif d’art, envie de découvrir de nouvelles choses. Mais. Que la perspective de la foule, omniprésente à Paris, nous rebute. Nous rebute au point de déserter les institutions muséales pendant des semaines, après quelques heures rapprochées avec ladite foule à l’exposition Van Gogh de la Pinacothèque. Alors en attendant de reprendre des forces et des brassées de solitude, on oriente ses choix vers des formes plus légères. Ainsi le centre culturel coréen.

Il faut certes accepter l’idée de la foule jusqu’à la sortie de la bouche de métro Trocadéro. Puis, en s’éloignant de l’étrange mastodonte, la pluie aidant, le passant se raréfie. On tourne avenue d’Iéna, on passe une première fois devant le centre culturel coréen sans le voir. La faute au grand parapluie. Et puis il faut dire que le centre est situé au rez-de-chaussée (et sous-sol) d’un immeuble qui ressemble à tous autres égards à un immeuble d’habitation des années 70. Mais bien sûr il y a de la lumière. Et un peu de mouvement.

On rentre dans le centre culturel coréen comme chez soi. La personne à l’accueil semble étonnée que l’on demande si l’on peut voir l’exposition. Il y a des points Internet en accès libre et des bornes d’écoute de musique Kpop, aussi. On descend un escalier 70’s lui aussi pour aboutir dans l’espace d’exposition, tout blanc, amputé de quelques mètres carrés par une petite salle remplie de tables et de chaises. De jeunes personnes semblent attendre. On comprendra plus tard qu’ils attendent  le début du cours de coréen.

Alors que la porte se referme sur leurs balbutiements, il est temps de découvrir le travail de KIM Sung A. Il s’agit d’un ensemble de pièces de petites dimensions représentant des marionnettes prises dans un cadre et dans l’imbroglio des fils et de la croix de bois qui les animent traditionnellement. Les personnages et le décor sont tous blancs ou de différentes déclinaisons de beige, crème et autre nacre.



Il faut s’approcher au plus près des compositions pour en saisir les détails. Tous sont captifs, bâillonnés entièrement par leurs fils ou au contraire leur liberté ne tenant qu’à un fil. Certains sont résignés, d’autres goguenards. Plusieurs d’entre eux sont très à l’étroit dans leur cadre; un autre est parvenu à se hisser sur son cadre et semble attendre, un sorte de nuage sur les genoux. Un autre encore tourne le dos à l’observateur, comme pour fuir sa honte ou s’enfoncer dans un autre monde. Leurs visages, aux traits asiatiques, sont des déclinaisons d’expressions de tristesse, d’ennui, d’ironie, le tout finement exécuté avec de la pâte à papier et quelques touches de couleur. Aucun bien sûr ne semble particulièrement ravi de son sort. Mais aucun non plus n’exprime de réelle colère ou désespoir face à cette captivité et leur inaction. Qui sont-ils? D’étranges créatures prisonnières d’un démiurge, qui ne communiquent pas entre elles.












D’autres personnages qui ne communiquent pas non plus avec l’extérieur déambulent dans un autre installation, une forêt de pissenlits géants. Ils n’ont ni bouche, ni oreilles, ni encore d’yeux. Ou presque. L’un porte une paire d’yeux et l’autre une oreille, au bout d’une fine baguette. Tout cousus de toile beige, rembourré de mousse et de coton, ces deux êtres chimériques ont des proportions fantastiques. On admire la technique des grosses coutures brunes apparentes, beau travail qui cadre parfaitement avec l’univers onirique constitué par l’artiste.




L’exposition consacré à KIM Sung A est une plongée vers le continent des songes semi-éveillés, et la possibilité d’une narration.




Centre Culturel Coréen
2, avenue d'Iéna
75116 Paris
Jusqu'au 21 novembre

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