jeudi 25 octobre 2012

Rythmes d'automne - Alain Kirili sur le parvis de l'Hôtel de ville, Paris






Occupant peu ou prou le centre du parvis de l'Hôtel de Ville, un espace de 600 m2 de gravier noir s'impose, duquel jaillissent 90 éléments en ciment noir (gris). Voilà ainsi une « somme de signes abstraits et mystérieux » : Rythmes d'automne d'Alain Kirili.

La notion de géométrie n'apparaît pas dans la présentation officielle de l’œuvre. A dire « abstrait » on ne dit que peu de choses, on ne qualifie pas. On pourrait imaginer des formes complètement aléatoires, sans principe directeur, ou selon une poussée de nature différente, organique par exemple. Pourtant ici les signes « abstraits » de cette sculpture sont indubitablement géométriques. C'est l'évidence même pour l’œil amoureux de géométrie. Certes pas de rythme et d'ordonnancement globaux mais chaque unité est composée de sous-unités géométriques : cylindres ou plaques de diverses tailles, coupes et orientations, offrant une multiplicité de variations.

De son propre aveu, Alain Kirili établit une relation directe entre Rythmes d'automne et le tableau éponyme de Jackson Pollock, par la spontanéité des deux démarches. Malgré la géométrie qui m'a sautée aux yeux, la répartition des unités ne répond à aucune grille pré-établie. L'artiste raconte avoir commandé les modules pour une livraison sur le parvis de l'Hôtel de Ville, sans même savoir s'ils les utiliseraient tous. Rythmes d'automne est ainsi le pendant sculptural du dripping. Une génération spontanée non organique.

Mais vers quel but tend donc cette génération spontanée ? Vers le haut, les cimes, le ciel. Alain Kirili estime qu'il faut percevoir Rythmes d’Automne comme une « naissance de la verticalité ». Sans doute faut-il y sentir les effets d'une entropie initiée par la façade de l'Hôtel de Ville, monumentale.

Par ailleurs, le hasard fait que cette spontanéité a tout de même généré un semblant de figuratif. Une personne qui m'accompagnait, bel exemple de paréidolie, a vu dans Rythmes d'automne une vue des toits parisiens, avec sa grisaille et ses cheminées réparties au petit bonheur la chance. 

Les visiteurs sont libres de déambuler dans Rythmes d'automne, et de toucher les boutures de béton. Ainsi Alain Kirili a-t-il cette jolie phrase : « Si la sculpture est constamment rétinienne, on perd la notion de l’incarnation dans l’art. » Cependant, il y a quelque chose d'immaculé dans cette sculpture qui freine l'envie de la parcourir. De plus, le gravier noir peut être interprété comme jouant le rôle de socle. Ou bien serait-ce les séquelles d'un rapport trop dogmatique à l'art ?.. Rythmes et réflexions d'automne.

Parvis de l'Hôtel de Ville de Paris
Jusqu'au 28 novembre 2012

1 commentaire:

Vive la rose et le lilas a dit…

Impressionnante (et oppressante ?) installation à mon sens.
Billet à la hauteur (la verticalité, encore), et en plus j'apprends de nouveaux mots.
Simplement, Kirili, ça fait guili, et je ris.