mercredi 2 mai 2012

Tube Safari

A la station Concorde, dans le couloir de correspondance des lignes 8, 12 et 1, les grandes affiches publicitaires, qui happent d'autant plus l'usager que le boyau n'est pas très large, ont disparu.

A leur place, le travail d'Ariane Michel réenchante cet espace collectif souterrain, transitoire, mal-aimé. C'est aussi la réappropriation d'un lieu "public" qui s’opère, ou tout du moins un changement de destination salutaire. De commerciaux, les murs du métro deviennent des supports de réflexion plastique, des espaces de contemplation.



Ariane Michel ne déborde pas du cadre de céramique qui limite habituellement les réclames. La référence aux méthodes d'affichage publicitaire ne s'arrête pas là : l'artiste a extrait de diverses publicités des portions de paysage, et chaque morceau, agrandi, constitue un panneau. L'agrandissement crée une pixellisation (volontaire?), un flou servant l'onirisme des paysages.




Aucun personnage ne peuple ces lieux naturels, et les marques, slogans, prix, et couleurs criardes ont bien sûr été bannis. Ne restent que les plages paradisiaques, montagnes, landes, ciels, forêts, qui ne sont plus relégués à l'arrière-plan, au mieux valorisant le produit à vendre, au pire, transparents, oubliés.

Cette exposition est un geste parmi les nombreuses œuvres de  « Ça et là », un hors les murs se tenant  à la Fondation d'Entreprise Ricard et dans de multiples endroits, pour célébrer les 10 ans du Pavillon Neuflize OBC, laboratoire de création du Palais de Tokyo.

C'est Claude Closky qui a assuré la conception de « Ça et là ». Il s'exprime ainsi :

"Pour cette mission, au lieu de définir des règles, un thème, un jeu, un mode d'accrochage, un médium privilégié, une architecture, etc. j'ai cherché au contraire à préserver la liberté de chacun [...] Je souhaite que cette volonté se manifeste dans les deux réseaux de relations produits par les œuvres présentées: dans le rapport que les œuvres entretiendront les unes avec les autres d’une part, et dans leur rapport avec le public d’autre part. Une particularité de cette exposition est que les cent résidents du Pavillon des dix dernières années ne sont pas tous des artistes plasticiens, et n'exposent pas tous d'œuvres.

Pour constituer ces relations, rassembler les très nombreux travaux dans l'espace neutre de la Fondation Ricard risque d'être normatif, l'accumulation de travaux appauvrissante. Les salles ne permettront pas au public d'avoir une perception spécifique de cent propositions singulières. Il sera également difficile de présenter les projets, si la miniaturisation des productions ou leur superposition, n'est pas le résultat d'une décision, mais l'effet d'une contrainte.

À la place d'un accrochage à la Fondation Ricard, j'ai invité les participants à montrer ou remontrer un travail, une intervention, dans le lieu ou sur le support de leur choix, par exemple dans l'espace urbain, dans la presse, sur Internet, dans un espace privé accessible au public, sur un t-shirt, avec un haut parleur, un téléphone, un écran, etc. À l'intérieur de limites qui sont donc essentiellement d'ordre temporel, le temps de l'exposition. Quelques oeuvres pourraient même être isolées géographiquement, loin de Paris, exposées et invisibles.

Il ne s'agit pas d'énumérer tous les espaces possibles où une oeuvre peut être vue, mais de montrer comment l'environnement investi par le travail rend sa présence/son action pertinente. Le titre de la manifestation est "Ça & là", en anglais "This & There". Il insiste sur le couple objet (ou action) et place, tout en jouant avec les expressions délibérément irrésolues "çà et là" et "ceci cela", en anglais "this and that" et "here and there"."

L'accrochage d'Ariane Michel n'est plus visible à la station Concorde mais il est intéressant de pousser jusqu'à la Fondation Ricard pour voir d'autres œuvres du projet, ou de consulter la carte des créations hors-les-murs et se laisser surprendre.

Encore quelques images de ce joli moment de métro...


D'autres réappropriations, prévisibles - les tags, se superposent à l'initiative d'Ariane Michel.



Le site d'Ariane Michel
Le site de la Fondation d'entreprise Ricard (Ça & là s'y tiendra jusqu'au 21 mai)

1 commentaire:

Vive la rose et le lilas a dit…

Ah cela a dû être une expérience agréable pour les voyageurs qui y sont passés au hasard de leurs journées !