mardi 17 avril 2012

Paris est un théâtre où l’on paie sa place avec du temps perdu*

C'est à l'occasion du chantier actuel des Halles que la Mairie de Paris a décidé d'exposer la vie et les transformations passées de ce "ventre de Paris", telles que vues par le photographe Robert Doisneau.

L'exposition pourrait se résumer à cette affirmation du photographe :
"Je ne peux rien comprendre aux conceptions des technocrates imbibés de géométrie. Tout ceci va diamétralement à l’inverse de ce que je venais chercher dans les nuits des Halles."

Et en effet, on prend conscience de tout le temps que Doisneau a du passer à "traîner" (et ce n'est pas péjoratif) aux Halles du temps des Pavillons Baltard, parmi les marchands et poissons-pilotes. Lui-même parle d' "une curieuse humanité dans une lumière de fête foraine, des rupins et des clochards, des chauffeurs routiers et des tireurs de diables, des bouchers et des clientes de Dior, des maraîchers et des poivrots."
 
Doisneau a immortalisé ce quartier où "flottait une grosse gaîté et une bonne volonté". Il n'existe sans doute pas de meilleure formulation de l'atmosphère des Halles à cette époque (Doisneau a commencé à photographier le site dans les années 1930, et beaucoup dans les années 60). Le talent du Monsieur réside aussi dans sa capacité à doubler ses photos de commentaires d'une grande justesse. Effectivement, même en essayant de se détacher de toute nostalgie fanstasmée, cette grosse gaîté et cette bonne volonté sont manifestes.

Poissonnerie Lacroix, rue Rambuteau, 1953 © Atelier Robert Doisneau

On apprécie également des clichés plus austères, un boucher baigné d'une lumière digne de Rembrandt, la géométrie de la cave aux fromages ou du sous-sol,etc.

 Echaudoir de la rue Sauval, 1968 © Atelier Robert Doisneau

 Sous-sol aux Halles, 1968 © Atelier Robert Doisneau


Mais alors que la destruction des Pavillons a été décidée, le photographe se met à tout enregistrer, des maquettes du nouveau projet exposées à la Mairie, jusqu'à l'inauguration du nouveau Forum des Halles (le 5 septembre 1979), en passant bien entendu par la destruction en 1971 et le trou béant qui lui a succédé. Doisneau va jusqu’à Rungis, pour comparer.

Ce sont ainsi plusieurs clichés vidés de toute présence humaine qui illustrent les Pavillons menacés (et le beau jeu métallique des arcs et entrelacs métalliques) et le chantier. Quel contraste avec les sauts, les sourires et l'agitation des autres photographies.





Exposition Doisneau, Paris les Halles
Attention, fermé le dimanche !

*Robert Doisneau himself, déjà

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