vendredi 6 avril 2012

Ceux-là, dont les désirs ont la forme des nues*

Mardi 20 mars, l'artiste chinois LI WEI, en prologue à son exposition en plein air à la Villette, a offert deux performances au public parisien.

Utilisant comme à son habitude un procédé mettant en jeu le vide et l'apesanteur, Li Wei s'est produit autour de la Fontaine aux Lions de Nubie.



Vêtu de la robe orange vif des moines tibétains, Li Wei s'est élevé dans les airs à l'aide d'une petite grue mobile. Droit comme un I, les mains jointes, Li Wei en lévitation sur fond d'azur.



Il prend lentement de la hauteur, on ne distingue plus les filins et l'image d'un vol surnaturel s'impose.



A l'aplomb de la fontaine, des fumigènes rouges placés sous les pieds de Li Wei se déclenchent. La fumée écarlate tourbillonne dans le vent, contraste avec le ciel bleu, l'eau métallique de la fontaine. L'image est belle, mais sa signification n'est pas cristalline? Référence au sang versé lors de l'occupation du Tibet par la Chine? Ou au contraire un "sang" si évanescent qu'il évoque le principe de résistance non violente adopté par les Tibétains? Faut-il soulever le paradoxe d'un Chinois qui joue le porte drapeau d'une nation en pleine... sinisation?



Des assistants de Li Wei jouent des inclinaisons d'un gros miroir afin de projeter sur le performeur une lumière intense, approfondissant ainsi l'image d'icône.

Une fois cette première performance achevée, Li Wei poursuit sur un schéma somme toute similaire. Cette fois-ci en caleçon et T-shirt blanc, il s'élance dans les airs non plus hiératique mais funambule, mimant de ses jambes le mouvement d'une course au ralenti.



Le même cheminement aérien l'amène à nouveau à la fontaine. A son approche, l'artiste bascule sur ses filins, de façon à se retrouver la tête en bas. La descente continue doucement, jusqu'à ce que la tête de Li Wei rase le jet du sommet de la fontaine.



Il tente d'y enfoncer sa tête mais le courant est fort (!), il n'y parvient et s'aide des deux mains, agrippées à la structure. La tête ainsi maladroitement dans l'eau, Li Wei semble un appendice de la fontaine, une colonne humaine incongrue.



Il garde la pose un petit moment, puis se remet d'aplomb et va taquiner un peu les lions, nous n'avons pas bien compris pourquoi.


Quelques moulins de course dans l'air, et l'apparition est déjà redescendue à terre. Le temps reprend son cours, les gens reprennent une activité normale.

Il est temps de parcourir l'agréable parc de la Villette un jour de semaine, au printemps, afin d'observer les grands formats photographiques de Li Wei.
Seul ou (souvent) accompagné, il joue des scènes -toujours par le truchement du déséquilibre- amusantes et étranges, comme sorties de rêves profonds. Aucun effet lénifiant ou kawaï à l'horizon, pourtant.



Li Wei, en quelques clichés, se fait le marchand de sable d'une société contemporaine avide de transcender sa réalité.




Pour la programmation foisonnante du Parc de la Villette, c'est par ici.

* emprunté à Charles Baudelaire, Le Voyage

Aucun commentaire: