jeudi 15 mars 2012

Gustavo Pérez, Mexico

Une fois n'est pas coutume, c'est hors des frontières françaises que se situe aujourd'hui notre réflexion, au Mexique. Et plus précisément à Mexico D.F., la capitale, et son surprenant Palacio de Bellas artes.

Le Palacio, outre des peintures murales (Rufino Tamayo, Diego Rivera, José Clemente Orozco, David Alfaro Siqueiros), abrite deux musées : le Museo del Palacio de Bellas artes (institution-mère des expositions qui nous occuperons), et le Museo nacional de Arquitectura.

Avant d'aborder l'exposition consacrée à Paul Strand dans un futur billet, c'est l'exposition monographique "Gustavo Pérez - Obra reciente", consacrée au travail récent de M. Pérez, qui fait l'objet de ces quelques lignes.



L'exposition au Palacio consistait en la monstration de nombreux exemples de la technique développée par M. Pérez : un réseau de fines incisions appliquées à la terre avant cuisson et parfois remplies d'émail. En résultent des constellations d'une grande netteté et d'une non moins radicale régularité. A mi chemin entre des points de couture et le cosmos, les vases et autres contenants ainsi modelés m'ont évoqué certaines toiles de Joan Miró.



Mais c'est une œuvre non utilitaire qui a recueilli tous mes suffrages : Mural, 2008, une composition de 24 carrés de terre sur 24. Des carrés de terre pliée et pincée, composant comme les lettres d'un nouvel alphabet méso-américain. De loin on pense voir une surface quasi uniforme, de près on distingue ces petites différences qui créent le langage.

Un échantillon de Mural :



Les différentes formes et diverses épaisseurs créent le mirage, ici, d'une entité organique, là d'une viennoiserie, là encore d'une bouche, d'une étoffe... La plasticité de Mural n'a pas grand chose à voir avec la maîtrise des incisions nettes appliquées sur des formes très pures de la majorité des pièces. La pureté et la poésie des "constellations" cèdent le pas à un travail plus sensuel, dont l'ordre n'est pas absent, chaque carré étant strictement de mêmes dimensions que les autres, formant un tout très régulier.

Gustavo Pérez a obtenu le Prix national de céramique en 2010 (au Mexique) et a effectué une résidence à la Manufacture de Sèvres. Représenté par la Frank Lloyd Gallery, le travail de Gustavo Pérez gagne à être connu.

Finissons par cette citation de Garth Clark, en espagnol (car présente dans l'exposition), qui exprime bien la magie de la céramique quand elle est utilisée par de grands maîtres :

"Mi sugerencias es que al mirar la obra de Gustavo Pérez no se tenga la noción simplista de que una vasija es solamente una vasija. Las vasijas siempre han sido contenedores, pero no sólo de comida y líquidos. Desde hace muchos siglos han sido veneradas por albergar nuestros sueños, devociones, esperanzas, fantasías, historia. A ellas se han confiado los huesos y los espíritus de los muertos. Sólo en nuestra época hemos intentado restringir sus alcances metafóricos."



Nous ne résistons pas et présentons par la même occasion le Palacio de Bellas artes en lui-même.



A l'extérieur, ce sont de grandes ramifications blanchâtres qui semblent sortir du Palais. Un panneau explicatif sur la place indique qu'il s'agit de "racines", identifiant divers bâtiments de la ville qui en constituent les racines patrimoniales et culturelles. L'image, quoique littérale, est poétique et les noueuses racines servent, bonus ! de mobilier urbain. Les passants s'y assoient, les enfants les escaladent, d'autres y trouvent mille autres utilités. Voici donc un équipement comme on les aime, qui aide à la réinvention de nos rapports à l'espace public, l'air de rien.







Commandé par le dictateur Porfirio Diaz, le palais, conçu entièrement en marbre de Carrare par l'architecte italien Adamo Boni, possède un style éclectique. Il devait être achevé en 1910 pour le centenaire de l'indépendance mais il connut moult vicissitudes et l'architecte initial mourut entretemps. C'est donc à Federico Mariscal que l'on doit l'intérieur Art déco, conçu comme opéra et musée du muralisme mexicain.





Quelques détails :

Une porte


Des plafonniers


La typographie

2 commentaires:

Vive la rose et le lilas a dit…

Splendide construction !

Lucie a dit…

J'aurais du payer le droit photo, j'aurais été plus l'aise pour le mitrailler! Rage...