samedi 17 mars 2012

La luminescence des tubes

C’est à l’occasion du centenaire de la première enseigne utilisant un néon, à Paris, en 1912, que la Maison Rouge prend l’excellente initiative de consacrer une exposition à ce médium lumineux.



« L’idée de cette exposition est de replacer [la] prolifération récente [d’œuvres-néons] dans une filiation, en présentant les précurseurs de l’utilisation du néon dans l’art ». C’est à cet égard notamment que j’ai trouvé un grand intérêt à cette exposition.

Faisant le choix d’une présentation thématique et non chronologique, il ne faut pas s’attendre à trouver lesdits précurseurs au début de l’exposition. Il eût pourtant été fort didactique que cela fût ainsi. Mais les espaces atypiques de la Maison Rouge ne l’ont sans doute pas permis.

A l’entrée, c’est donc Franck Scurti qui reçoit le visiteur avec une pièce de sa simple et réjouissante série Les reflets. Une enseigne de bureau de tabac distordue, comme floutée par le reflet d’une flaque, m’évoque les mirages d’une pluvieuse journée d’automne.
Laurent Grasso parvient lui à l’évocation de la nature avec un matériau aussi artificiel que le néon. Son éclipse, ingénieusement retranscrite à l’aide de deux tubes circulaires, parvient à garder l’aura du phénomène naturel. Mais le néon est sans doute moins artificiel qu’il n’y paraît puisqu’il utilise les propriétés lumineuses de différents gaz.



Quant au dispositif immersif de Carlos Cruz-Diez, il aurait fallu au visiteur de plus amples descriptions des effets liés aux perceptions colorées, ou tout du moins une sorte de mode d’emploi (pas plus de 2 personnes dans l’installation, attirer l’attention sur la concentration nécessaire, donner des pistes de sensations pour en amorcer d’autres, plus personnelles, etc.). Sans cela, la Chromo-saturation reste une belle pièce, dont les progressions colorées baignent le « participant » d’une lueur d’origine du monde.



Le risque du néon, plus souvent scriptural que graphique, est de ne pas décoller de la littéralité. Ecueil non évité par Tracey Emin qui réclame d’un néon rose boudoir « Just Love ».
L’ART de Maurizio Nannucci n’est pas de ces rendez-vous manqués. Elle est plutôt de ces œuvres à plusieurs niveaux de lecture. Fortement référencée par rapport à l’histoire de l’art, elle s’apprécie aussi pour elle-même, dans sa force plastique mêlant ces 3 couleurs criardes et les lettres de leur essence.
De même, Sigalit Landau, en liant mots et objets, dépasse aussi la littéralité. Au sol, deux chauffages domestiques dont les résistances sont remplacées par deux mots en néon : « go » et « home ». Evocation du réconfort du foyer qui pourvoit aux besoins essentiels de l’homme (se chauffer, notamment), l’invective « rentre chez toi » et la petite taille des chauffages créent une disruption étonnante. Faut-il y voir une référence à la nationalité israélienne de l’artiste?

La partie consacrée aux « Cercles et carrés » aurait pu être moins convaincante, car de l’aveu-même du livret de visite ces « formes simples ne renvoient à rien qui leur soit extérieur ». Mais leur « intériorité » suffit à leur intérêt et par exemple les « phrases de lumière » de Laddie John Dill créent de touchants embryons de lumière colorée, comme un code morse poétique. François Morellet anime l’espace de trois grands rectangles de néon bleu, qui s’allument et s’éteignent tour à tour. L’intensité des néons, la blancheur des murs et le phénomène de persistance rétinienne mêlent et font disparaître les formes dans un ballet hypnotique.



Bonne cliente pour Stéphane Dafflon, connu à Chamarande, je retrouve avec plaisir dans son œuvre PM037 ses références à l’art optique, l’abstraction, le design industriel et la publicité.



La salle des « Trajectoires », peut-être parce qu’elle est située en fin de parcours, lasse rapidement. Outre les toujours amusants jeux de miroir d’Ivan Navarro, peu de souvenirs.

Dernière pièce du parcours et rare œuvre de l’exposition à n’être pas, en soi, un néon (avec la sculpture en graphite du tube de néon de Adam McEwen), la vidéo de Delphine Reist montre une pièce tristement éclairée par de nombreuses barres de néon, qui tombent et se brisent au sol avec fracas, une par une, plongeant progressivement le lieu dans l’obscurité. Qu’est-ce qui déclenche la chute des néons? Pourquoi personne ne semble-t-il vouloir intervenir? C’est une atmosphère de fin du monde que l’artiste offre à notre vision saturée, avant de retrouver la familiarité du vestiaire et de la rue.


Néon, who's afraid of red, yellow and blue?
Commissariat : David Rosenberg
La maison rouge
Jusqu'au 20 mai 2012

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