mardi 10 janvier 2012

Tempus fugit

Alors que 2012 débute, il est temps de regarder en arrière, les décombres de 2011...

Durant la seconde moitié de 2011, Le cadavre exquis culturel n’a pu s’empêcher de remarquer la récurrence de la thématique du temps dans ses activités culturelles…


Tout d’abord à la 54ème Biennale de Venise, l’œuvre vidéo de Christian Marclay (Lion d’or du meilleur artiste). Point besoin de revenir sur cet ovni qui a rencontré un grand succès d’estime parmi spécialistes et grand public, amateurs de création contemporaine et cinéphiles. L’épatant travail de recherche et de montage permet un déroulé hypnotique où rien ne fait vraiment sens : le spectateur reste cependant les yeux rivés à ce simulacre de vie qui coule inexorablement. Frissonnant.



Le design s’est aussi emparé de cette préoccupation contemporaine : en témoigne notamment la série Real Time de Maarten Baas, dont plusieurs déclinaisons sont visibles à la petite exposition « Maarten Baas, les curiosités d’un designer », aux Arts décoratifs. Baas a ainsi réalisé des films de 12h, dans lesquels sont mis en scène des acteurs indiquant l’heure en temps réel (par exemple en déplaçant des crayons sur un bureau, ou en balayant des barres d‘ordures). Ma favorite, Grandfather Clock : le cadran est remplacé par une vidéo figurant, derrière le sablage du verre de l‘horloge, un homme (ou plutôt le haut de son corps) qui inscrit l’heure à l’aide d’un marqueur en traçant et effaçant successivement les aiguilles. Entre chaque minute, du fond de son cadran, l’homme s’accorde une pose, prend le temps de boire un peu… Observer ces personnes qui se plient en quatre pour marquer la progression du temps, les voir paradoxalement consacrer tout leur temps à accompagner la fuite des minutes, me semble une excellente parabole de la condition humaine. Le tout dans un objet utilitaire indispensable à la vie actuelle. Car qui peut vivre sans savoir l’heure? Et qui peut vivre en ne pensant qu’à l’heure, la suivante et la dernière?



Enfin, (culture ou divertissement?), le film Time Out, réalisé par Andrew Niccol, a divisé ses spectateurs : vraie bonne idée ou scénario barbouillé à la va-vite et images omniprésentes des jambes interminables d’Amanda Seyfried ? Time out dépeint un monde où le temps a remplacé l'argent. Génétiquement modifiés, les hommes grandissent « normalement » jusqu’à leurs 25 ans, jour anniversaire fatidique où un sablier numérique vert fluo décompte le temps qu’il leur reste à vivre. A partir de là, il faut être riche ou bien « gagner son temps » en travaillant, volant, empruntant… Réflexion sur la concentration des richesses (Olivier Bonnard du Nouvel Observateur, écrit « Et Andrew Niccol créa le blockbuster marxiste »), le film évite partiellement l’écueil du déjà-vu (Bonnie and Clyde, Robin des Bois, etc.) pour acquérir une dimension supplémentaire : l‘or immatériel sur lequel il est centré. Non que le manque d’argent ne soit pas dramatique, mais l’épuisement du temps est si immédiatement fulgurant qu’il instille un sentiment de terreur, aiguisé par les grosses ficelles hollywoodiennes. Sortir de la salle de cinéma, constater que seul un grain de beauté orne notre avant-bras, sourire (jaune).




Le cadavre exquis culturel vous souhaite une délicieuse nouvelle année, à la recherche du temps perdu.

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