vendredi 18 novembre 2011

Body and Soul

C’est une exposition visitée un peu à la va-vite au saut d’un train (l’Hôtel des arts est près de la gare de Toulon), avec une amie un peu réfractaire à la création contemporaine abstraite, dont je vais ici faire le compte-rendu. Il est important de contextualiser.
L’Hôtel des arts est le centre d’art du Conseil général du Var qui a constitué au fil des ans une petite collection essentiellement en photo et peinture. Body and soul est l’exposition consacrée aux trois artistes que sont Lawrence Carroll, Gotthard Graubner et Sean Scully, sur les deux niveaux de l’Hôtel.

Au rez-de-chaussée ce sont les monumentales toiles de Graubner qui saisissent d’emblée le regard. En fait de toiles, ce sont plutôt de gros coussins qui jaillissent du mur, constitués par une volumineuse couche de coton synthétique entre le châssis et la toile à proprement parler. L’effet molleton de « tête de lit » est là, mais la couleur balaie vite ces références prosaïques. Car l’artiste a étalé la peinture en couche très fluides de façon à ce qu’elle s’écoule à travers la toile et irrigue l’intérieur du coussin. C’est ensuite le phénomène inverse qui a lieu : la couleur dégorge et émerge des profondeurs du tableau jusqu’à la surface, créant ainsi auréoles et irisations. Chaque tableau explore les nuances d’une seule couleur, intense : un jaune quasi fluorescent pour Pudoluna, un vert grenouille pour A cura de curare, un jaune ocre pour Donarsono, ceux qui m’ont le plus marquée. Undine, 2009 ne joue pas le monochrome mais mélange des tons affiliés aux Nymphéas de Claude Monet. Peinture tout à la fois intense et aqueuse, comme une aquarelle très dosée en matière sèche, les toiles de Gotthard Graubner permettent une absorption contemplative classique et salutaire.




A l’étage, c’est le travail de Lawrence Carroll qui occupe l’espace au sol du palier ainsi que les murs d’une pièce. Foin de couleurs ici, le blanc prédomine. Mais non pas un blanc aseptisé, un blanc sale, souillé. Les toiles sont également monumentales, constituées de pièces de toile et de tissus que l’artiste assemble, colle ou agrafe, parfois en de multiples épaisseurs (jusqu’à 40 centimètres). L’artiste crée ainsi à partir du neuf une patine qui trahit faussement l’usure du temps. Il semble que ces traces et cicatrices soient liées à diverses émotions de la vie de l’artiste : la mort du père, le souvenir de la maison délabrée de son enfance, les objets inlassablement ravaudés et rafistolés par sa mère qui n’avait pas les moyens de les remplacer. Ces imperfections font écho à un univers étrange, me font penser à certains bricolages de Ben. Et même si le jeu de mots est facile, Lawrence Carroll fait figure de Lewis Carroll contemporain à l’Hôtel des arts… Un conte de fées au sens psychanalytique du terme.



Enfin, peut-être l’artiste le moins surprenant de l’exposition, le plus consensuel (mon amie a bien aimé) : Sean Scully et ses compositions colorées et géométriques aux bords flous. L’artiste a utilisé les classiques toiles mais aussi des supports de cuivre et aluminium, ce qui produit un résultat sensuel surprenant. Les bandes de couleur évoquent des champs, des drapeaux. Mais voilà, entre l’intention de l’artiste et les sensations de l’observateur il existe un décalage. Scully récuse ainsi « tout caractère purement formel à sa peinture, et fait de celle-ci le véhicule d’émotions humaines, souvent liées à la présence symbolisée de personnages ou d’événements personnels tels la mort d’un fils, le souvenir d’une scène dramatique à laquelle il a assisté, etc. ».



Malgré la rapidité de ma visite et mon acolyte réfractaire, la force de l’accrochage m’a convaincue et cette exposition relève le niveau de monstration de création contemporaine pour la ville de Toulon.

Exposition Body and Soul, commissariat Gilles Altieri

Hôtel des arts
236 boulevard Maréchal Leclerc - Toulon
Tél. 04 94 91 69 18
www.hdatoulon.fr
Tous les jours de 10 h à 18 h, sauf les lundis et les jours fériés
Entrée gratuite

Aucun commentaire: