jeudi 3 février 2011

"I spent my life making a trousseau"

Louise Bourgeois : Moi, Eugénie Grandet.
Louise Bourgeois à la Maison de Balzac



L’exposition a débuté le 3 novembre, soit près de 5 mois après le décès de l’artiste à New York. Conçue spécialement pour la Maison de Balzac, elle est consacrée à Eugénie Grandet, personnage et romain éponymes célèbres de Balzac (1833). L’histoire est celle de la famille Grandet, dans laquelle le père est un vigneron près de ses sous, la mère disparaît trop vite et leur enfant, la bonne Eugénie, « déçue dans ses sentiments » devient une vieille fille dans un étrange huis clos provincial.

Cet accrochage posthume suscite forcément la curiosité. A juste titre ?

Au rez-de-chaussée, plusieurs peintures d’Eugénie Grandet, représentée avec de très longs cheveux qui l’enserrent ou avec un masque de résignation. On y trouve également un tableau de grandes dimensions, Ode to Eugénie Grandet, représentant une plante (?) dont chaque feuille porte une inscription de ce que à quoi la vie d’Eugénie Grandet (de Louise Bourgeois ?) a été remplie (I have spent my life… washing socks and handkerciefs… making curtains… making a trouesseau….). C’est de loin la pièce de toute l’exposition que j’ai préférée. Les inscriptions sont griffonnées, parfois à peines lisibles. Leur accumulation crée comme une incantation, ou la litanie d’une tristesse infinie à la pensée d’une vie gâchée.

Enfin, sont accrochées au mur des broderies, activités d’essence féminine, de même que le sous-sol contient une douzaine d’ouvrages de petite couture, à base de tissu, boutons, crochets… l’ensemble évoquant les activités féminines d‘autrefois et le temps qui passe.

Le sous-sol abrite aussi une petite salle de projection montrant une vidéo de Louise Bourgeois en interview parler un peu de son enfance, ou peindre un visage comme on fait un smiley. C’est aussi un enregistrement des expressions favorites de l’artiste, qu’elle récite avec une petite voix emplie d’humour. Comme ma grand-mère, elle aimait à dire « Elle comprend vite mais il faut lui expliquer longtemps. »

Au final voilà une exposition qui m’a surtout laissé l’impression persistante que tout ceci est bien trop personnel, bien trop intérieur pour vraiment nous concerner. Louise Bourgeois avait tout de suite vu « l’identification récurrente », compris les liens entre le personnage d’Eugénie Grandet et certaines de ses propres expériences et névroses, de ses lointaines années de jeune fille. Son intérêt pour cette figure fictionnelle sacrifiée ne nous renseigne pas sur les ressorts de l’âme humaine, elle nous en apprend plus sur Louise Bourgeois elle-même. Son œuvre est certes autobiographique, mais tout de même. Il manque un soupçon d’universel à cette exposition, et il en résulte un certain détachement.

On en vient à s’intéresser davantage au lieu historique qu’est cette maisonnette de l’ancien village de Passy. On se prend à oublier que l’on est venus dans cette partie reculée de la capitale pour voir l’ultime exposition voulue par la grande Louise Bourgeois, pour se plaire à méditer dans le bureau de Balzac, à imaginer par quelle force d’esprit l’imagination d’un homme de son temps a pu se dépasser pour élaborer toute la Comédie humaine. On se plaît à regarder mélancoliquement la cafetière aux initiales de l’écrivain, l’imaginant constamment à ses côtés pour ingurgiter les « torrents de café » nécessaires à ses 18h de labeur quotidien (acharnement à la tache qui l‘aurait épuisé et tué dès ses 51 ans).

Une petite exposition qui rend hommage à la créativité de Louise Bourgeois, peu de temps avant qu’elle ne s’éteigne. Mais une exposition qui laisse un peu sur sa faim, et des murs fleurant la naphtaline et les relents de couloirs d’hôpital.

Pas une exposition à visiter un jour de petite forme, donc.

Quitter ce XVIème trop calme à toutes jambes et s’étourdir de bruit et de lumières.

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