jeudi 6 janvier 2011

Rattrapage : Gabriel Orozco // Somewhere over the rainbow

Nouvelle catégorie de billets : la séance de rattrapage d’expositions. Parce qu’il existe BEAUCOUP d’expositions, et qu’elles ne durent en moyenne que 3 ou 4 mois, temps parfois trop court pour leur rendre visite puis écrire. Mais aussi parce qu’elles méritent malgré tout un hommage, même posthume !

Gabriel Orozco
Centre Pompidou, du 15 septembre 2010 au 3 janvier 2011


Gabriel Orozco s’est vu offrir la Galerie sud du Centre Pompidou pour exposer de nombreuses œuvres, très diverses. L’espace avait été laissé ouvert, sans cimaises ou rideaux obstruant la vue de la rue et des passants.
Il est difficile d’exprimer ce qui ressortait de cette exposition. Une hétérogénéité fluide. Une poésie et un humour d’intellectuel. Finesse et gaité.

J’ai tout particulièrement apprécie les photographies de Gabriel Orozco, jouant de la poésie qui émane souvent du hasard, pour qui sait le voir. De mêmes s’agissant des dessins et collages, comme les Atomists (1996), des photographies de sportifs en action découpées dans des journaux, sur lesquelles l’artiste a imprimé des motifs circulaires peints à la gouache, résultant du grossissement des points de trame utilisés dans le procédé d’impression du journal. Mentionnons encore La DS (1997), une voiture Citroën DS que l’artiste a fait découper en trois parties dans le sens de la longueur, ôtant la section centrale et le moteur pour réassembler les deux pièces restantes.


Somewhere over the rainbow - Itinéraires d’une collection particulière (1980-2010)
FRAC Aquitaine, du 30 septembre au 31 décembre 2010




Cette exposition mettait en scène dans les murs du FRAC Aquitaine la collection de deux médecins bordelais, choisissant et achetant avec soin depuis 20 ans des pièces d’art contemporain, de design et d’art africain. Le FRAC Aquitaine avait ainsi souhaité expliciter le fonctionnement propre d’une collection privée, se distinguant d’une collection publique par l’absence d’obligation d’une classification par période ou par genre. Hétéroclite mais intelligente, l’exposition avait renoué avec l’esprit des cabinets de curiosité qui « aux 16ème et 17ème siècles rassemblaient œuvres d’art, objets, cartes géographiques, composant une synthèse de l’histoire de l’humanité. » (texte FRAC Aquitaine).

Les deux collectionneurs qui avaient voulu garder l’anonymat ont tout de même accordé un entretien au FRAC, au cours duquel ils insistent pour dire qu’il est possible de constitue rune collection en vivant et en achetant à Bordeaux, par opposition à Paris ou aux grandes places internationales. Ils dévoilent également que donner envie aux visiteurs de commencer une collection serait pour eux une belle réussite pour l’exposition.

« Over the rainbow » (qui emprunte son nom à la chanson du film Le Magicien d’oz) était découpée en 8 sections, rassemblant à chaque fois autour d’une thématique œuvres plastiques contemporaines, design et art africain.

« Sur la route », chapitre que j’ai particulièrement apprécié, rassemblait entre autres des œuvres de Nicolas Moulin et de Sébastien Vonier. Le premier, avec Wenlenderwund 2, a crée un paysage étrange, lunaire, pourtant composé à partir de différents éléments de nos paysages actuels, mais retouchés et découpés. Sébastien Vonier quant à lui a imaginé des morceaux d’asphalte accrochés au mur, comme des reliques d’un paysage lunaire, lui aussi. Simplissime mais très fort.

Dans « Correspondances », les « 40 enveloppes administratives usagées » de Pierre Buraglio (1978) exposaient le dégradé de bleus de leur intérieur, exprimant l’idée que la peinture et une toile ne sont pas l’unique moyen de créer un tableau et de la couleur.

Enfin venait « Du gris à la nuit », sans conteste mon chapitre préféré. Outre un superbe vase de Gaetano Pesce et une étrange photographie de Xavier Veilhan, on retrouvait dès l’entrée l’œuvre sans titre de Delphine Gigoux-Martin : une installation reproduisant des lapins volant à travers la pièce, fuyant la voracité de grues faisant claquer leurs becs, par le truchement d’une vidéo aux murs. Quant au Sendero Luminoso (2007) d’Ivàn Navarro, c’est une pièce hypnotique, un puits de lumière précédant un puits de noirceur, évoquant une version plus énigmatique et plus inquiétante du terrier dans lequel tombe Alice avant de parvenir au soi-disant Pays des merveilles.

Une sélection très intéressante, minutieusement réalisée par deux amateurs éclairés aidés de bons galeristes. De l’art occidental, non occidental, de l’art utilitaire, non utilitaire : peu importe au fond. Seule compte la lumière.
Et un bel engagement de la part du FRAC Aquitaine, illustrant l’humilité dont peut faire preuve une institution.

Prochaine exposition au FRAC Aquitaine : « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le blanc », à partir du 28 janvier et jusqu’au 16 avril 2011

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