lundi 17 janvier 2011

En bref - Entre-deux au Musée Zadkine

Julio Villani - L’arpenteur
Musée Zadkine
Jusqu’au 30 janvier 2011




Pour l’artiste brésilien installé à Paris, la réalité fuit les extrêmes pour occuper un «entre deux», « la faille à partir de laquelle les versants du monde et du soi apparaissent et se constituent réciproquement. » C’est ce que l’Arpenteur, qui a donné son titre à l’exposition, visage-cœur multi-facettes, explore : un « vaste « tout autre» , mi-lieu/ mi-hors-lieu, mi-réalité/ mi-utopie, qui constitue notre espace de vie » (dossier de presse).

A partir de cette profession de foi, le visiteur peut se laisser aller à une visite de l’exposition en toute quiétude, guidé par l’imperceptible fil des œuvres simples, subtiles et non dénuées d’humour de M. Villani.

Pour faire vite, car l’exposition ne sera plus d’ici une dizaine de jours, j’ai surtout remarqué ses figures de l’Arpenteur, disséminé dans le musée parmi les créations d’Ossip Zadkine mais aussi dans le petit jardin de la rue d’Assas, caché de l’agitation et des convoitises extérieures.

Les petites salles du musée accueillent aussi des collages, non moins réduits, en une série intitulée « Souvenirs de mes cent ans ». L’artiste a pris pour base de vieilles photos noir et blanc, témoins d’époques révolues où les modèles anonymes posaient la mine austère, raides comme la justice, en costume d’apparat. Julio Villani intervient sur ces scènes du passé en colorant un visage, des vêtements, les intérieurs… et en ajoutant sa propre personne, comme si le présent côtoyait le passé, « dans la certitude d’un futur forcément égalisateur » selon la très belle formule du dossier de presse.

L’atelier quant à lui contient une pièce bien plus monumentale : les Bilboquets ou L’origine du monde (2002). Ce sont 3 gigantesques bilboquets de bois tourné qui occupent la quasi intégralité de l’espace. Le titre bien sûr emprunté à Courbet, la matière sensuelle du bois veiné et l’emboîtement des pièces affirment un caractère sexué. La présence de 3 bilboquets et non 2 renvoie à cette citation de Marcel Duchamp pour son travail 3 stoppages étalon : « Un, c’est l’unité; deux, c’est la paire; trois, c’est tout le reste » : là où il n’existe pas de certitudes absolues.

Au final, une exposition, dont le commissariat est du au directeur du musée Zadkine, Sylvain Lecombre, qui fait moins de bruit que bien d’autres mais qui mérite l’attention.

Une exposition de petite taille, ludique, charmante, qui se laisse visiter en moins d’une heure au détour d’une balade au Luxembourg et d‘un cornet de marrons chauds. Et qui laisse mine de rien une impression durable

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