mardi 18 janvier 2011

De deux extrêmes : Andrée Putman à l'Hôtel de Ville // BigMinis au CAPC

Où pas assez rencontre trop.

Andrée Putman, ambassadrice du style
Hôtel de Ville, Paris
Jusqu’au 26 février 2011
Tous les jours sauf le dimanche, de 10h à 19h
Accès libre


crédit Mairie de Paris

Une petite exposition intéressante et gratuite, consacrée à une grande dame française du style. Plus architecte d’intérieur que designer, Andrée Putman aujourd’hui 85 ans, a apporté de nombreuses contributions au mobilier et à l’aménagement français. Ironiquement d’ailleurs, car Andrée Putman, à l’origine boudée dans son pays, a rencontré le succès grâce à l’admiration qu’elle a suscité aux Etats-Unis. J’ai été touchée par les lignes où Andrée Putman témoigne de sa souffrance au temps où son goût et son sens esthétique (quoi ? Un canapé à la structure métallique ?!) contrevenaient complètement aux habitudes d’alors et la mettaient en bute aux moqueries et vexations.

L’exposition dans sa première partie fournit une biographie illustrée de la créatrice, plutôt réussie. On glane des informations précieuses, comme des vacances d’Andrée Putman enfant à l’abbaye cistercienne de Fontenay dont l’architecture grandiose la marquera à jamais. On se surprend à scruter les vieilles photos noir et blanc à la recherche d’une expression du visage préfigurant la trajectoire de cette femme. On y constate en tous cas sa beauté, une beauté un peu effarante, et on croit y lire la fermeté de sa volonté, façonnée par les dures heures de labeur de sa formation initiale de pianiste.

J’ai noté deux dates qui constituent à mon sens, plus que les fameux aménagements des chambres de l’hôtel Morgans à New York, des bureaux de Jack Lang ou du Concorde, les réussites les plus sensibles d’Andrée Putman.

En 1958, elle collabore avec la chaîne de grande distribution Prisunic en tant que directrice artistique des rayons maison. Elle y défend alors l'idée d'un design accessible à tous. Les pièces de créateur sont captées par des spéculateurs, et le projet est donc un semi-échec.

En 1978, Andrée Putman créé l’agence Écart (trace à l‘envers…), afin de produire des rééditions de pièces de mobilier de créateurs alors oubliés, tels Eileen Gray, Mariano Fortuny ou Robert Mallet-Stevens. Une telle initiative, dans notre ère du « tout design », peut sembler anecdotique, mais elle est alors un projet rare, intelligent et fort.

Hormis cette galerie du 1er étage qui nourrit le visiteur d’informations concrètes, tout en intercalant habilement photos, vieux magazines et objets, l’exposition est assez creuse. Arrivé dans la salle d’exposition principale, en contrebas, le visiteur est déçu de constater qu’il n’y a plus là que des meubles et plus aucun texte, à part une légende des plus sommaires pour chaque artefact. Plusieurs vidéos présentent des interviews d’André Putman et c’est là seulement que l’on parvient à extraire du contenu de cette partie de l’exposition, comme un chien ronge son vieil os.

On apprend notamment des films qu’Andrée Putman a le sens de la formule. Et une intégriste de la beauté. A la question élémentaire « Est-ce confortable ? », la créatrice répond « On verra, c‘est secondaire. Voyons d’abord si c’est beau. Le confort, c’est visuel». Voilà un parti pris extrême. « Quelle couleur ? » « Mais aucune justement qui porte un nom de couleur ».

Ne vous y méprenez pas : cette deuxième salle est intéressante, du point de vue des meubles exposés (dont ceux de Préparation meublée, la ligne de mobilier créée par A.P au début des années 2000. Et une pièce dont je rêve désormais jour après jour : Table rond sur carrée, 2003), et des reconstitutions comme celles de la salle de bains du Morgans ou les bureaux de ministère. Les diaporamas montrant les nombreuses interventions d’Andrée Putman dans le monde méritent aussi que l’on y fasse une longue pause.

Mais à voir le travail et a écouter parler cette grande dame (qui semble inspirer le respect aussi naturellement que la plupart d‘entre nous ne provoque qu‘indifférence), on se dit que l’on aurait aimé aller plus loin dans le propos. Que son œuvre aurait mérité plus grande théorisation et plus large hommage que quelques informations que le visiteur s’échine à gratter dans un vieux magazine, dans une vidéo, dans la photo d’une blonde impeccable.


BigMinis - Fétiches de crise
CAPC, Bordeaux
Jusqu’au 27 février 2011



Philip Newcombe, Planet holy shit, 2010 (bonbon sucé en pensant à des choses pesantes) (2 cm de diamètre)

Le projet semble à première vue très prometteur : Alexis Vaillant, commissaire de l’exposition, cherche à explorer l’objet réduit, à la « petitesse insolente ». Car selon lui, « on pense à tort que dans le mini, tout est proportionnellement réduit : il en irait ainsi de l’idée qui l’anime, comme de son impact. » C’est donc le mini (terme apparu en 1966) qui est étudié à travers les thématiques de la taille, de l’idée, de la durée. Joli programme.

Surtout quand on y ajoute le dialogue potentiel avec les proportions architecturales maximalistes du lieu.

Mais.

Trop d’œuvres exposées dans un parcours qui manque cruellement, si ce n’est totalement, de pédagogie. Alors oui, les expositions ne sont pas faites que pour le béotien ou les scolaires. Le connaisseur d’art contemporain et l’érudit doivent pouvoir y trouver leur compte. Mais tout de même ! Le document de médiation à disposition de tout visiteur est littéralement imbuvable, et il faut toute la volonté d’un public studieux pour venir à bout de la description ne serait-ce que d’une seule salle (et y glaner une info exploitable). Salles dont le découpage et la thématisation sont sans doute scientifiquement très aboutis et très astucieux, mais au fort pouvoir excluant, écartant le visiteur de cette fameuse « jubilation » dont on s’accorde à dire que ce devrait être un des effets des musées.

(Quant au dialogue avec les grandes proportions du CAPC, c’est loupé : Bigminis s’étale sur plusieurs salles dans une galerie peu impressionnante, à côté de la grande nef - réservée pour sa part à Robert Breer).

Mentionnons enfin un petit appendice intéressant. Le visiteur peut aussi prendre au comptoir d’achat des billets (j’ai failli dire « est invité à », mais… non), il peut, donc, récupérer une feuille de papier type Canson dans laquelle a été prédécoupée une sorte de loupe. Il s’agit en fait d’un objet à monter soi-même par d’astucieux jeux de pliages et de languettes, qui ressemble au final à un appareil photo compact avec un objectif triangulaire. Le but est de regarder à travers cet objet les œuvres « mini » de l’expo, afin de les isoler, et de les « grossir » virtuellement, afin de les scruter avec une attention accrue (intéressant à ce propos de penser que « magnifier » peut vouloir dire loupe en anglais et embellir en français). L’intention est noble, amusante, s’intègre parfaitement au propos de l’exposition. Ouf.

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