mercredi 27 janvier 2010

La phrase prout-prout de la semaine

"C'est très post-moderne"

La messe est (si bien) dite

Pourquoi s'échiner à extraire la substantifique moëlle de la monographie Soulages au centre Pompidou quand IL l'a si bien fait?

Melody

A word is dead
When it is said,
Some say.
I say it just
Begins to live
That day.


Emily Dickenson
1924
Complete poems, LXXXIX

dimanche 17 janvier 2010

Quand les Playmobil s'exposent



Nous sommes pendant les vacances de Noël, l’exposition Playmobil, au Musée des Arts décoratifs, draine beaucoup, beaucoup de monde. Les enfants l’adorent, les ex-enfants sont très nostalgiques (surtout quand les précieuses figurines sont passées aux mains peu soigneuses de la descendance). Après une heure d’attente, on prend l’ascenseur pour le deuxième étage.

Ce sont plusieurs immenses figurines qui accueillent le visiteur (contre 7,5cm pour un personnage à taille normale). Le chef indien attend la photo souvenir. Un plaisantin remarque que c’est la première fois qu’un Playmobil est plus grand que lui. Ça n’est pas faux.


Première salle, les deux premières vitrines. Le monde du cirque, d’abord, est, il faut bien l’avouer, un beau foutoir. Certains personnages sont mis en scène, mais la plupart sont simplement accumulés, presque au touche à touche. Les figurines s’entassent donc de façon très désagréable. Mais le visiteur oblitère le bazar de bonne grâce et se concentre sur la magie des jouets. Des oh et des ah fusent, chacun s’attache à noter joyeusement les détails de l’arche de Noé, des roulottes, du chapiteau. Puis vient la vitrine du château fort et des dragons- gros succès- jouxtant l’île au trésor et les bateaux pirate. Dans un coin, un dragon taille réelle (on imagine) jouxte tranquillement un chevalier à l’allure débonnaire. A ce propos, l’on apprend que le petit sourire en coin et les yeux ronds des Playmobil ont été spécialement pensés pour être le plus neutres possibles (tout en restant rassurants) afin de laisser la pleine imagination des enfants se déchaîner.

Dans chaque vitrine, une grande figurine surplombe les scènes de Playmobil, et tournent sur elles-mêmes. Le clown et la dame de la Belle Epoque croisent ainsi le regard de chacun.
Quelques salles s’enchaînent sur le même modèle dépouillé, des murs bleu outremer, deux vitrines avec chacune un personnage à grande échelle et les petits Playmobil à foison. Au-delà de ça, presque rien. Quelques mini vitrines font un focus sur un sujet ou un autre, mais, vu l’affluence, sont difficiles d’accès. La scénographie est presque inexistante, les informations réduites au minimum. Quelques panneaux ont été prévus mais le public enfantin les ont déjà mis dans un sale état. Dans une plus petite salle, très sombre (on se demande bien pourquoi), au point de rendre la lecture difficile, on en apprend plus sur le papa des Playmobil. C’est au début des années 70 que Hans Beck, chef de la création du fabricant de jouets Geobra-Brandstätter (Bavière), met au point de petits personnages articulés en plastique très résistant, facile à fabriquer en série. C’est une alternative aux figurines précédentes, dont l’inconvénient était d’être figées dans une attitude. D’abord adultes et masculins (les trois premiers sont l‘ouvrier, l‘indien et le chevalier), l’univers s’étend peu à peu aux femmes et aux enfants. Après les jambes et les bras, ce sont les mains qui se mettent à bouger. Les thèmes se multiplient, les accessoires se raffinent. Le succès est mondial, 2,2 milliards de figurines ont été écoulées à nos jours (l‘exposition insiste bien sur le chiffre, mais en même temps il est difficile de vraiment prendre conscience de l‘énormité présumée de la chose).


Dans la même salle, on a voulu inscrire le sacro-saint outil interactif et casques reliés à des ordinateurs permettent de visualiser de petits clips promotionnels d’il y a vingt ou trente ans. Où l’on apprend tout de même que le slogan si entêtant - « Playmobil, en avant les histoires »- n’est pas universel et que le chaland a pu se voir promettre un « meilleur ami » par exemple. On glane de petites anecdotes pas inintéressantes, c‘est vrai. Mais l’impression reste que l’exposition est bien creuse. Le musée n’est certes plus réservé aux beaux-arts, toute l’étendue de la culture ou même de la vie humaine y trouve aujourd’hui une porte d’entrée. Les Playmobil n’ont pas une grande histoire derrière eux (mais après tout l’Ipod n‘est-il pas rentré au musée outre atlantique?). Il n’y a donc pas pléthore à dire à leur sujet. L’expo rajoute alors -peu visibles- des témoignages d’anciens ou actuels possesseurs de Playmobil. Mais cela ne suffit bien sûr pas. On reste sur sa faim. Et là où le manque de fond peut se justifier par la nature de l’objet exposé, le manque de soin apporté à la forme est une faute. Oui, les grandes figurines surprennent et sont sympathiques. Mais au-delà de cela, là où la mise en scène des personnages aurait pu être grandiose, elle est plate et insipide. Pire même, la vitrine du cirque ne ressemble à rien.




Et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, l’expo prend fin, abruptement. Le visiteur s’est lui-même crée son exposition. On a mis à sa disposition des figurines, à lui de faire appel à ses propres capacités d’imagination et d’émerveillement. Il a fait tout le travail. Certes, c’est bien le principe des Playmobil que de puiser en soi le matériau pour mille et une histoires. Mais chez soi, pas dans une exposition. L’exposition est plutôt destinée aux enfants? Cela ne dispense pas d’un vrai contenu. L’exposition a été conçue comme une petite exposition annexe? Quand bien même.

C’est tout?

Ça n’est définitivement pas assez.





Les arts décoratifs
107 rue de Rivoli, 75001 Paris
Métro Palais Royal, Tuileries, Pyramides
Réservation: fnac.com
Du mardi au vendredi de 11h à 18h
Le samedi et le dimanche de 10h à 18h
Nocturne: jeudi de 18 à 21h

samedi 16 janvier 2010

Voler à la vie le secret de ses incessants recommencements


Le graphiste choisi par le Musée Bourdelle (Loran Stosskopf) a bien fait son travail, l’affiche de l’exposition « Isadora Duncan, une sculpture vivante » a attiré mon attention, suscité mon intérêt et au bout de quelques jours déclenché ma visite.

L’exposition prend le prétexte de la rencontre entre le sculpteur Antoine Bourdelle et la danseuse en 1903. Isadora Duncan, d’origine américaine, commence alors à se produire sur les scènes parisiennes, après avoir débuté dans les salons de la Belle Epoque, auxquels- charmante habitude- étaient conviés hommes de lettres et artistes. Son parti pris est la liberté de la danse, des mouvements souples et naturels; son unité, l’ondulation. La jeune femme danse depuis qu’elle est enfant, et elle dit réveiller la danse qui était en elle. Elle s’affranchit des codes du ballet, croit dans l’empathie entre la nature et la musique. Formellement, Isadora Duncan s’est appuyée sur la danse grecque, du moins ce que les auteurs anciens -qu’elle étudie en autodidacte- le Louvre, le British Museum et les vases grecs lui en révèlent. La danse grecque était libre, Isadora étudie les poses des figures des vases et les reproduit en ajoutant du mouvement. Elle se vêt à l‘antique, porte de vaporeuses tuniques blanches. Un léger air de Kirsten Dunst.

Mais Isadora se défend d’une imitation servile de la danse grecque et tient ces propos: « Dans mon art je n’ai pas du tout copié, comme on le croit, des figures des vases grecs, des frises ou des peintures. J’ai appris d’eux à regarder la nature et lorsque certains de mes mouvements rappellent des gestes aperçus sur des œuvres d’art, c’est uniquement parce qu’ils sont puisés comme eux, à la grande source naturelle ». C’est bien la grande source naturelle qu’Isadora danse, et d’ailleurs en prenant le temps de se pencher sur les vitrines contenant des archives de journaux, on lit une fine étude d’Eugène Carrière: « En nous racontant si bien sa belle nature, elle évoque la nôtre: comme devant les œuvres grecques revivant un instant pour nous, nous sommes jeunes avec elle, un nouvel espoir triomphe en nous; et lorsqu’elle exprime son consentement aux choses inévitables, nous nous résignons avec elle ».

Puis elle part en tournée. En 1906, le magazine Femina relate une anecdote symptomatique du succès d’Isadora Duncan. Un soir elle se retrouve abandonnée par son impresario et ses musiciens. Indécise, elle n‘ose affronter le public qui s‘échauffe et siffle. Se décidant enfin à affronter le courroux des spectateurs, elle monte sur scène et… triomphe en dansant sans accompagnement. « Le génie de cette incantatrice de la ligne harmonieuse et souple avait suffi aux spectateurs avides de beauté ».

Première à danser sur Gluck, Beethoven, Chopin, Wagner, c’est une femme moderne qui conquiert le monde. Isadora Duncan est une star. En 1909, elle revient de tournée à Paris, où elle donne des représentations. Antoine Bourdelle y assiste et n’a alors de cesse que de dessiner sa danse, de percer le secret de son mouvement. En résulteront d’innombrables dessins du sculpteur, que l’exposition met intelligemment en scène, sur un long mur (nous sommes dans l’aile conçue par Christian de Portzamparc) les uns à la suite des autres comme pour retracer les enchaînements d’Isadora. D’autres artistes ont été inspirés par la danseuse, produisant de nombreuses œuvres, parmi lesquelles les remarquables dessins de Jules Grandjouan, Abraham Walkowitz, André Dunoyer de Segonzac, José Clara. La Folle danseuse ou la Vierge Folle de Rik Wouters, beau bronze monumental, renforce le lien voulu par l’exposition entre la danse et la sculpture.
Mais avant de découvrir ces œuvres, le spectateur découvre un petit espace dédié à des artefacts grecs, comme pour se mettre à la place d’Isadora quand elle en a scruté les figures. Un coup d’œil au bas-relief « Las danseuses de Borghèse » illustre parfaitement le propos. Une autre pièce (finale, sans doute) permet, comme dans tout propos scientifique qui se respecte, de se détacher d’Isadora pour ouvrir la perspective. La salle est dédiée aux danseuses contemporaines de Duncan. On y découvre ainsi de sublimes photographies de Loïe Fuller et de Ruth Saint-Denis.

Reste encore à mentionner les quelques minutes de beauté absolue de l’extrait du film de 1971 « Danser, c’est vivre », où Odile et Valérie Pyros dansent une chorégraphie d’Isadora Duncan, transmise par sa fille adoptive Lisa.

C’est un talentueux commissariat d’exposition que nous avons ici. La pertinence des étapes de l’exposition, le choix des pièces, leur mise en espace, tout est très bien conçu. Une exposition didactique sans en avoir l’air, dans laquelle on évolue avec bonheur, aux côtés d’Isadora Duncan et de ses contemporains. On repart en regrettant de n’être plus à une époque où l’on accueillait les artistes émergents dans son salon, où l’on pouvait déjà avoir l’audace de déambuler dans la rue avec une toge. On repart avec deux images en tête, celle d’Isadora Duncan dansant sous le portique du Parthénon et celle d’Isadora sur la plage à Venise, un souffle de rêve.


L’exposition Isadora Duncan est réussie, c’est un fait. Il n’en faut pas oublier son écrin, le Musée, et son prétexte, Antoine Bourdelle. Y aller par une matinée d’hiver. Arriver à pied, aborder un bâtiment de briques rouges, et découvrir avec émerveillement le jardin sur rues recouvert de neige, deviner ses arcades. Etre pressée d‘aller plus avant. Envoyer une petite supplique vers le ciel couleur craie pour qu’il n’y ait pas beaucoup de monde à l’intérieur. Pousser la porte de verre (noter au passage le beau travail de ferronnerie moderne de la poignée). Etre soulagée: a priori peu de visiteurs. Pouvoir commencer sa visite.

Et d’abord le lieu en tant que musée Bourdelle, le musée dédié au sculpteur Antoine Bourdelle (1861-1929). Homme du Sud-Ouest (originaire de Montauban, Beaux-arts de Toulouse), c’est en 1885 qu’il s’installe à Paris dans les ateliers du sculpteur Falguière, dans le quartier Montparnasse. Il devient le praticien de Rodin et collabore avec lui pendant de longues années, avant de laisser exprimer son propre style.

En sortant du hall d’accueil, on retombe sur le fameux jardin sur rue, qui accueille plusieurs statues monumentales, emblématiques de l‘œuvre de Bourdelle. La force des lignes, l’inspiration mythologique des figures sont évidentes et dominent l’espace de toute leur majesté. Une arrière-cour répond à cet espace, on aimerait se promener parmi les statues de plusieurs mètres de haut et la végétation, mais aujourd’hui c’est fermé au public. On se rabat sur l’atelier de Bourdelle, désert. Etre seule dans son atelier, se gorger de la lumière qui filtre des hautes fenêtres en verre, des boiseries, du vieux parquet massif.

Puis visiter l’appartement en mouchoir de poche de Bourdelle, où a été recrée son espace personnel avec une intéressante collection d’objets hétéroclites (un masque de no, lécythes à figures noires, terre cuite béotienne gréco-romaine) mal mis en valeur dans une vitrine quelconque, des tableaux et meubles du maître, son (petit) lit… L’atmosphère existe, le temps a été figé. Songer que, peut-être, Alberto Giacometti est passé par là, élève prometteur de Bourdelle. Frémir.

Emprunter le grand escalier de bois pour parvenir au toit en terrasse et découvrir (absolument seule une fois encore) d’autres très belles sculptures de Bourdelle. On y trouve une série de bustes-portraits, dont un buste de Beethoven surprenant, les traits déformés, et une paysanne argentine, intitulée Alvear (qui servira pour un monument à Buenos Aires). On découvre enfin les remarquables bas-reliefs réalisés pour la façade du Théâtre des Champs Elysées, Muses accourant vers Apollon et La méditation d’Apollon. Puis avant de partir on visite le grand hall, où vivent de gigantesques plâtres, au pied desquelles sont éparpillées de petites grappes d’étudiants en art qui s’appliquent à reproduire les œuvres par le dessin. Ils brandissent tous des aiguilles à tricoter, qu’ils agitent devant leur figure en fermant un œil, selon un cocasse ballet, afin de connaître les proportions des sculptures. Le musée se fait salle d’étude, on s’y sent bien.

On apprend et on respire au Musée Bourdelle. On déambule, on sent, on se pose. On est chez soi, on est bien, on est admiratif. Un musée qui vit et dans lequel on peut vivre.
Musée Bourdelle
18 rue Antoine Bourdelle
75015 Paris
Métro Montparnasse Bienvenüe- Falguière
du mardi au samedi de 10h à 18h

Faux départ...

Maintenant, plus de ronds de jambe, on se lance!


Objectifs du blog: