dimanche 28 février 2010

Deux Maisons de poupée

Le théâtre de la Madeleine a programmé Une Maison de Poupée, d’Henrik Ibsen, avec une jolie tête d’affiche en la gracile personne d’Audrey Tautou. Les avis sur l’actrice sont très partagés, pour ma part je reste sous le charme d’Amélie Poulain et de Hors de prix. C’est donc avec un grand enthousiasme que je me suis rendue au théâtre un jeudi il y a quelques temps. Disons-le d‘emblée, j’ai rapidement déchanté: moi qui ne connaissais pas le théâtre de la Madeleine, je découvre du haut de mon pigeonnier une scène très étroite, qui ne laisse que peu d’espace aux comédiens. Le décor est résolument XIXème (comme ne l‘annonce pas l‘affiche), de même que les costumes des acteurs (Audrey Tautou dans une improbable robe bleue à volants et rubans): en cela un strict respect de la pièce originelle. Le spectacle commence, avec une Nora qui virevolte dans son salon de poupée, et pépie à qui mieux-mieux. Elle parle parfois avec tant d’empressement que la diction en pâtie.
Surtout, son jeu est tel qu’il insuffle irrémédiablement -ô drame- un ton comique à la pièce. On ne perçoit pas les dysfonctionnements structurels du foyer, on ne voit que les grosses ficelles du machisme de Thorvald (ricanements garantis). Le public glousse donc, un sourire allant d’une oreille à l’autre. Soit, cela peut se concevoir au début de Maison de Poupée. Mais le grave problème est que malgré tous leurs efforts, les comédiens n’arriveront plus à reprendre la pièce en main et à la ramener dans un registre plus dramatique. Aucun malaise ne s‘installe, aucune sensation de marcher vers un dénouement tragique et irrévocable. Les spectateurs suivent l’intrigue, comme on suivrait un bon téléfilm, avec bonhommie, mais totalement inconscients de tout ce qu’il peut manquer de saveur et de profondeur à la pièce.

Pièce qui continue cahin-caha son petit bout de chemin, Nora toujours si mignonnette, tout est prétexte à rire pour la salle. La transformation de la poupée n’a pas lieu, un petit vaudeville lui a volé la vedette. On est en prise à un spectacle fait de platitude, d’incrédulité, sans relief ni ressort dramatique. La scène finale, où Nora explique son départ à son mari, est d’un grand ennui: on ne saisit pas le gâchis qui se joue sous nos yeux. Ou plutôt on prend toute la mesure d’un autre gâchis: celui d’un bon texte qui a été dénaturé.

La critique est d’autant plus sévère que la Maison de Poupée de la Madeleine souffre de la comparaison avec la version qui s’est jouée au Théâtre de la Colline quelques semaines plus tôt. Stéphane Braunschweig, nouveau directeur de la Colline, a signé une mise en scène de grande qualité, en faisant le choix d’une scénographie contemporaine et d’un jeu subtil des acteurs, nous menant progressivement d’une légère sensation de malaise vers la triste issue que l’on connaît. Chloé Réjon en Nora est remarquable, de même que les autres personnages, jusqu’aux plus insignifiants (Madame Linde, presque invisible à la Madeleine). D’un côté, à la Madeleine, du burlesque déplacé, de l’autre, à la Colline, une mise en scène dense et poignante. Le premier a voulu éviter l’écueil du sentimentalisme, et a perdu en route une âme que le second a su faire vibrer ( sublime scène de la répétition de la tarentelle).

Il sera certainement intéressant de voir l’interprétation du théâtre des Amandiers de Nanterre, avec Marina Foïs en Nora. A suivre…




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