dimanche 28 février 2010

Ceci n'est pas Edvard Munch


Compte-rendu tout personnel de l'exposition de la Pinacothèque, qui se positionne dans un axe de lecture nouveau de l'oeuvre d'Edvard Munch, en laissant de côté, une fois n'est pas coutume, sa pièce emblématique- le Cri.


C’est une exposition passionnante que nous offre la Pinacothèque. On y découvre un artiste qui a mené un travail sur la technique artistique novateur et remarquable. Munch aura ainsi expérimenté le « traitement de cheval » (une méthode consistant à faire subir les intempéries à ses œuvres), la lithographie, la gravure sur bois (formidable), la superposition et le grattage successif de strates de peinture, les prémisses du fauvisme…

L’on fait la connaissance d’un véritable artiste en prise à des émotions et une sensibilité à fleur de peau, là où ses contemporains se limitaient souvent à des représentations sociales ou de la nature. Deux thèmes m’ont particulièrement marquée à savoir la mort et la femme. Subissant les assauts d’une forte angoisse liée à l’inexorabilité de la mort, Munch n’aura de cesse que de peindre avec justesse cette même angoisse dans les yeux hagards de ses personnages, sur le visage d’une fillette malade, dans le mouvement même de son trait. Une gemme se cache selon moi parmi la soixantaine d’œuvres présentées: l’Autoportrait au squelette: on y observe une figure de Munch comme un masque blanc sortant du fond noir, le tout souligné par un os. De l’ensemble ressort toute l’attention que l’artiste devait porter à cette question universelle et existentielle de la mort et de la fatalité, et constitue en quelque sorte l’aboutissement esthétique d’une douleur inconsolable. Ses œuvres recèlent également le thème de la femme, notamment par le biais de la chevelure, pour laquelle Munch avait vraisemblablement une fascination.

Au-delà de ces thèmes, plusieurs toiles, pour mon plus simple et plus pur plaisir d’esthète, m’ont enchantée. Ainsi Hiver, Les baigneurs, Vêtements étendus à Asgardstrand, et surtout Manteau bleu au soleil constituent autant de trésors que leurs propriétaires privés (l’expo se base sur des collections particulières pour sa grande majorité) sont bien chanceux de posséder.

S’agissant des techniques d’exposition, les explications fournies sont très intéressantes dans leur globalité. Mais il n’y en avait peut-être pas suffisamment, ou alors pas suffisamment en lien avec les œuvres. Notamment quand certaines techniques sont développées, on ne parvient pas toujours à les retrouver dans les œuvres qui suivent. Il y a de façon générale un problème d’ordre dans l’exposition: l’exigüité du lieu a obligé à des artifices de cloisons qui manquent de clarté pour le sens de la visite, et qui empêche les explications murales d’avoir une place suffisante et adaptée.

En outre certaines explications souffraient d’une certaine opacité: j’ai pu noter à certains endroits un discours de spécialistes peu abordable pour un public d’amateur, qui est après tout une cible tout à fait naturelle d’un musée. J’en veux pour preuve l’extrait suivant: « Le désordre hématologique qui nappe de rouge jusqu’aux maisons (…) et les germes délétères qui contaminent les figures érotisées d’une sexualité animale relient l’œuvre de Munch au corpus élargi des philosophes et mystiques, aux écrivains et artistes d’un symbolisme teinté de néo-darwinisme ou à un naturalisme embué de pessimisme désabusé ». Ouf. Or il incombe au musée, sans aller jusqu’à la vulgarisation, d’être accessible au plus grand nombre, quitte à offrir plusieurs degrés de lecture. On regrettera aussi dans ces explications trop de détails spatio-temporels qui n’apportent pas grand-chose à la compréhension de l’œuvre de Munch, mais lassent le lecteur (du genre Munch est parti à x, il est revenu 2 mois plus tard, a fait ceci, puis a eu envie de repartir pour x, avant de se décider pour y 6 mois plus tard).

Mais au final, l’impression est excellente, on ressort conquis par la diversité et la profondeur du travail artistique d’Edvard Munch, et il n’est personne pour regretter l’absence du mythique Cri
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La Pinacothèque de Paris/ 28 place de la Madeleine/ 75 008 Paris/ Métro Madeleine

Jusqu'au 18 juillet 2010

Au fait c'est quoi une pinacothèque au juste? Eh bien c'est un musée exposant des oeuvres picturales, tout simplement (du grec pinax- le tableau)


2 commentaires:

flo a dit…

je compte bien aller voir cette expo lors de ma prochaine escapade parisienne !
Une pinacothèque en Italie c'est un musée de peintures. Ils essaient d'importer le concept ?!

Lucie a dit…

excuse-moi pour cette réponse tardive, Flo! et bienvenue! je te recommande chaudement cette expo, elle a fait du bruit comme plusieurs autres, mais c'est justifié! je crois bien qu'ils ont choisi le nom de pinacothèque pour se démarquer un peu du traditionnel "musée". malins...