dimanche 17 janvier 2010

Quand les Playmobil s'exposent



Nous sommes pendant les vacances de Noël, l’exposition Playmobil, au Musée des Arts décoratifs, draine beaucoup, beaucoup de monde. Les enfants l’adorent, les ex-enfants sont très nostalgiques (surtout quand les précieuses figurines sont passées aux mains peu soigneuses de la descendance). Après une heure d’attente, on prend l’ascenseur pour le deuxième étage.

Ce sont plusieurs immenses figurines qui accueillent le visiteur (contre 7,5cm pour un personnage à taille normale). Le chef indien attend la photo souvenir. Un plaisantin remarque que c’est la première fois qu’un Playmobil est plus grand que lui. Ça n’est pas faux.


Première salle, les deux premières vitrines. Le monde du cirque, d’abord, est, il faut bien l’avouer, un beau foutoir. Certains personnages sont mis en scène, mais la plupart sont simplement accumulés, presque au touche à touche. Les figurines s’entassent donc de façon très désagréable. Mais le visiteur oblitère le bazar de bonne grâce et se concentre sur la magie des jouets. Des oh et des ah fusent, chacun s’attache à noter joyeusement les détails de l’arche de Noé, des roulottes, du chapiteau. Puis vient la vitrine du château fort et des dragons- gros succès- jouxtant l’île au trésor et les bateaux pirate. Dans un coin, un dragon taille réelle (on imagine) jouxte tranquillement un chevalier à l’allure débonnaire. A ce propos, l’on apprend que le petit sourire en coin et les yeux ronds des Playmobil ont été spécialement pensés pour être le plus neutres possibles (tout en restant rassurants) afin de laisser la pleine imagination des enfants se déchaîner.

Dans chaque vitrine, une grande figurine surplombe les scènes de Playmobil, et tournent sur elles-mêmes. Le clown et la dame de la Belle Epoque croisent ainsi le regard de chacun.
Quelques salles s’enchaînent sur le même modèle dépouillé, des murs bleu outremer, deux vitrines avec chacune un personnage à grande échelle et les petits Playmobil à foison. Au-delà de ça, presque rien. Quelques mini vitrines font un focus sur un sujet ou un autre, mais, vu l’affluence, sont difficiles d’accès. La scénographie est presque inexistante, les informations réduites au minimum. Quelques panneaux ont été prévus mais le public enfantin les ont déjà mis dans un sale état. Dans une plus petite salle, très sombre (on se demande bien pourquoi), au point de rendre la lecture difficile, on en apprend plus sur le papa des Playmobil. C’est au début des années 70 que Hans Beck, chef de la création du fabricant de jouets Geobra-Brandstätter (Bavière), met au point de petits personnages articulés en plastique très résistant, facile à fabriquer en série. C’est une alternative aux figurines précédentes, dont l’inconvénient était d’être figées dans une attitude. D’abord adultes et masculins (les trois premiers sont l‘ouvrier, l‘indien et le chevalier), l’univers s’étend peu à peu aux femmes et aux enfants. Après les jambes et les bras, ce sont les mains qui se mettent à bouger. Les thèmes se multiplient, les accessoires se raffinent. Le succès est mondial, 2,2 milliards de figurines ont été écoulées à nos jours (l‘exposition insiste bien sur le chiffre, mais en même temps il est difficile de vraiment prendre conscience de l‘énormité présumée de la chose).


Dans la même salle, on a voulu inscrire le sacro-saint outil interactif et casques reliés à des ordinateurs permettent de visualiser de petits clips promotionnels d’il y a vingt ou trente ans. Où l’on apprend tout de même que le slogan si entêtant - « Playmobil, en avant les histoires »- n’est pas universel et que le chaland a pu se voir promettre un « meilleur ami » par exemple. On glane de petites anecdotes pas inintéressantes, c‘est vrai. Mais l’impression reste que l’exposition est bien creuse. Le musée n’est certes plus réservé aux beaux-arts, toute l’étendue de la culture ou même de la vie humaine y trouve aujourd’hui une porte d’entrée. Les Playmobil n’ont pas une grande histoire derrière eux (mais après tout l’Ipod n‘est-il pas rentré au musée outre atlantique?). Il n’y a donc pas pléthore à dire à leur sujet. L’expo rajoute alors -peu visibles- des témoignages d’anciens ou actuels possesseurs de Playmobil. Mais cela ne suffit bien sûr pas. On reste sur sa faim. Et là où le manque de fond peut se justifier par la nature de l’objet exposé, le manque de soin apporté à la forme est une faute. Oui, les grandes figurines surprennent et sont sympathiques. Mais au-delà de cela, là où la mise en scène des personnages aurait pu être grandiose, elle est plate et insipide. Pire même, la vitrine du cirque ne ressemble à rien.




Et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, l’expo prend fin, abruptement. Le visiteur s’est lui-même crée son exposition. On a mis à sa disposition des figurines, à lui de faire appel à ses propres capacités d’imagination et d’émerveillement. Il a fait tout le travail. Certes, c’est bien le principe des Playmobil que de puiser en soi le matériau pour mille et une histoires. Mais chez soi, pas dans une exposition. L’exposition est plutôt destinée aux enfants? Cela ne dispense pas d’un vrai contenu. L’exposition a été conçue comme une petite exposition annexe? Quand bien même.

C’est tout?

Ça n’est définitivement pas assez.





Les arts décoratifs
107 rue de Rivoli, 75001 Paris
Métro Palais Royal, Tuileries, Pyramides
Réservation: fnac.com
Du mardi au vendredi de 11h à 18h
Le samedi et le dimanche de 10h à 18h
Nocturne: jeudi de 18 à 21h

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